Anne-Marie et Émilie

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Je suis une jeune fille qui parle de sexe

Anne-Marie, 13 ans, collégienne, Yvelines

Je vais parler de sexe.
J’étais en appel vidéo avec des garçons et des filles. On a parlé de nos envies, de nos préjugés. J’étais
en quatrième, c’était mes amis et on était dans le même collège. Les filles se sont vite détournées de
la caméra et ont parlé entre elles pendant que je parlais avec les garçons. On a cassé avec humour la
« gênance », le « tabou » du sexe. J’étais heureuse de voir qu’en se détendant un peu et en leur
disant : « Mais c’est normal de parler de sexe », je pouvais en parler sans gêne et sans peur.
C’était intéressant : les garçons avaient des points de vue différents, on s’est mutuellement appris
des choses. Les clichés nous disent souvent que les garçons ne pensent qu’à leur propre plaisir, que
les filles doivent s’épiler parce qu’ils trouveraient ça repoussant… Mais ils n’étaient pas aussi
catégoriques. Chacun avait sa façon de penser, ses fantasmes. Les formes des femmes, pour eux,
n’étaient pas forcément si attirantes que ça ; comme nous font croire les réseaux sociaux.
C’était la première fois que le sexe était abordé, par pur besoin d’être rassurée sur les attentes de
l’autre. Les réseaux donnent des attentes, alors que c’est propre à chacun. D’avoir la parole de vraies
personnes, ça soulage : parce que sinon on a peur des attentes des autres.
Les filles n’osent pas en parler
Ils étaient étonnés de me voir échanger avec autant d’aise : « D’habitude, les filles nous jugent du
regard et changent de discussion quand on en parle. »
Je pense que c’est parce que les filles n’osent pas en parler. Les médias, la société nous ferment et
nous empêchent d’en parler. J’ai un exemple avec la série Baby. Une sextape est partagée aux
invités lors d’une soirée d’adolescents. La fille s’est retrouvée insultée, tandis que le garçon s’en est
sorti en mec « cool » d’avoir filmé la vidéo. C’est toujours pour le garçon « Ah, tu as réussi, bravo ! »,
et pour les filles « Ah, t’as pas honte ? » On se protège alors pour ne pas avoir une mauvaise
réputation.
On a parlé dans la bienveillance, aucun garçon ne m’a jugée. J’ai donc continué à parler de sexe dans
la vraie vie et j’ai laissé tomber les appels vidéo, c’est quand même plus simple de se voir en vrai. Ça
nous arrive pendant les temps de permanence de nous asseoir autour d’une grande table et de
discuter entre nous, pour rigoler et s’informer. On va rentrer dans la période du lycée et du sexe
pour certains, on aimerait donc savoir comment ça pourrait se passer, pour se rassurer.
Ma liberté d’esprit a, je pense, aidé mes amies à en parler, à se dire : « Je ne suis pas la seule qui a
envie d’en parler ? », ou tout simplement « Et puis on s’en fout. » Échanger sur des sujets, d’habitude
enfouis, nous permet de nous sentir plus à l’aise.Après, j’étais face à gens bienveillants. Je pense qu’il faut trouver des personnes avec lesquelles on
peut parler des sujets dont on n’a pas l’habitude, pour ne pas garder des interrogations pour soi-
même.

 

Le petit mot d’Emilie dite « La Louise », artiste musicienne confinée :

Nous avons écrit le texte de « L’autre soir » ensemble, Anne-Marie et moi, à partir de son texte « Je suis une jeune fille qui parle de sexe ».
Au cours de 2 ou 3 réunions en visioconférence, contexte oblige, nous avons discuté de ce qu’elle trouvait le plus important dans son texte, des mots qu’elle avait envie de garder, du cadre et de l’atmosphère qu’elle voulait pour sa chanson. Nous avons écrit le texte quasiment d’une traite !
Puis j’ai composé le morceau (mélodie et arrangements) sur-mesure pour les paroles. J’en ai ensuite envoyé à Anne-Marie deux versions : une avec ma voix, pour qu’elle entende et s’approprie la mélodie, et une version playback (l’instrumentation seule) pour qu’elle puisse s’entraîner à la chanter.
Nous avons ensuite discuté un peu du morceau, des textures sonores, j’ai fait quelques modifications en fonction des remarques d’Anne-Marie. Puis elle a enregistré une première fois sa voix, avec les moyens du bord, entre sa tablette et son téléphone ! Après quelques retours pour qu’elle s’approprie encore plus l’interprétation de la chanson, Anne-Marie est retournée en « studio » et m’a renvoyé 2-3 pistes que j’ai intégrées ensuite au morceau.