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FAIS PAS GENRE !

Faustine et Lola

« J’ai deux mamans »

J’ai deux mamans. Et le fait d’en avoir deux dérange apparemment. J’ai un grand frère qui a maintenant 18 ans, mais au collège il a été harcelé. Harcelé pendant 6 mois juste parce que les gens l’imaginaient « différent ». C’est horrible d’insulter un enfant de 12 ans de « PD » tous les jours parce que les jeunes assimilent le fait que d’avoir deux mamans influence la sexualité de ses enfants. Les gens se sont imaginé que mon frère était efféminé, qu’il était en quelque sorte « moins homme » que les autres. Je dis ça parce que les autres pensent qu’on a eu, que j’ai une éducation différente parce que j’ai deux mamans.

Pour ma part j’ai eu de la chance, j’ai su m’entourer de personnes bienveillantes. J’ai quand même eu le droit a quelques regards insistants en primaire le jour de la fête des pères, quand on préparait des petits mots ou bien plus tard avec des petites remarques en mode « c’est bizarre quand même », « t’es née comment alors », « donc t’es attirée par les filles ? », « comment t’as fait si t’as pas de papa ? », « qui jour le rôle de l’homme entre tes deux mamans ? »

« Qui joue le rôle de l’homme entre tes deux mamans ? », sérieusement ? Parce que la société dit qu’il faut un homme dans le couple il faut que quelqu’un le « fasse ». Tout ces préjugés me fatiguent et me font même pitié, d’être jugée par des gens aussi peu ouvert d’esprit qui ne vivent qu’avec ces cases que la société impose…

Je ne suis pas différente, j’ai une vie banale, je n’ai pas de déformation ou bien de séquelles mentales. J’ai eu une éducation comme chaque personne.

Mon frère et moi sommes normaux et attirés par des choses totalement différentes.

Quand on était petit mon frère ne jouait pas à la barbie avec moi, il adorait les toupies ou bien les petites voitures, comme un petit garçon banal… D’ailleurs j’adorais jouer avec lui, ça m’arrivait de lui en voler tellement que j’aimais ses jouets. C’est pas parce qu’il est le seul garçon de la maison qu’il était privilégié ou ce genre de choses. On nous a toujours appris cette notion d’égalité. Après on a eu la chance de faire diverses activités en dehors de l’école, nos mamans ne nous ont jamais forcé à faire une activité en particulier et nous ont toujours laissé le choix. Mon frère a fait du judo, du tennis mais il est surtout un rugbyman passionné depuis ces 6 ans. C’est un vrai dur à cuire maintenant, un vrai bonhomme ! Et n’a pas de comportements de « fifilles » comme certaines personnes ont pu le penser. De mon côté, j’ai fait de l’équitation, du tennis aussi mais ce que j’aime par-dessus tout c’est la danse et je veux même en faire mon métier ! Tout ça pour dire que la façon dont mes mamans nous ont éduqué est tout à fait normal et que le « manque » du père ne nous atteint pas. De toute façon comment quelque chose qu’on n’a jamais eu peut nous manquer ?

Moi tout ce que je sais c’est qu’on est une belle famille comme les autres avec mêmes certains clichés d’une famille « idéale » parce que j’ai une maison, une piscine et un petit labrador. Mais surtout parce qu’il y a deux êtres qui s’aiment et qui se sont données les moyens d’avoir des enfants.

Parce que oui, ma maman est allée jusqu’en Belgique pour me faire par insémination artificiel, parce qu’avant et encore aujourd’hui… C’est interdit dans notre « beau » pays qui est la France. Il serait peut être temps de changer de mentalités… Mais bon ça n’est pas moi qui vais les changer.

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FAIS PAS GENRE !

Dana et Leila

1K sur Insta ? J’suis hors compétition…

61, ce n’est pas mon nombre de dates, ni mon âge, mais mon poids. 61 kilos pour 1m63, donc
disproportionnée d’après ma mère, mais aussi apparemment d’après les utilisateurs de la
communauté d’Instagram.
Après avoir stalké plusieurs comptes de personnes (à majorité féminines) à l’ego surdimensionné et
toutes plus fresh les unes que les autres, je me suis rendue compte que je n’avais pas les critères de
beauté qui font la popularité des meufs qualifiées de « douceurs » sur la plateforme.
Fillette, pour atteindre le 1K d’abonnés sur IG, tu auras :
Un ventre aussi plat qu’une planche à pain.
Pas les seins par contre qui doivent être eux fermes et robustes, effet fake.
Enfin, un fessier aussi bombé et charnu que celui de la star de téléréalité làààà dont le nom commence
par un K ?
Et en surplus si tu pouvais avoir un joli minois, ding ding ding c’est le jackpot ! Tu gagnes la gloire, les
1000 subscribers, et pourquoi pas un Jules si t’as de la chance ?
Moi, je n’ai pas tout ça…
Bon par fierté, je ne dirai pas que je suis dégueu non plus, mais je sais que je n’ai pas l’anatomie, la
silhouette qui me rendront populaire auprès des hommes, ou des femmes. Pour être tout à fait
honnête j’ai environ 300 abonnés, et bien que j’essaie de me persuader que ça ne m’affecte pas, ça le
fait parfois…
Persuadée que ces gens sont plus populaires que moi, donc meilleurs que moi
On ne va pas se mentir, beaucoup de filles cherchent à avoir le compte aux photos les plus
sexys. Majoritairement, des filles dont j’ignore le nom (influenceuses professionnelles ou à leurs
heures…). Mais certaines filles que je connais ont ce genre de compte à faire baver plus d’un et rager
plus d’une. Elles se mettent en valeur, à tel point qu’on dirait que les photos prises sont dignes d’un
professionnel (cadre parfait, couleurs parfaites, et j’en passe…). Voir toutes ces nanas parfaitement
galbées, au regard de braise sur IG, ça me la fout mal.
Je ne cherche même pas à avoir ce genre de compte sur Instagram. Perso, mon compte, c’est des
photos de voyages. Je me sens d’ores et déjà déclassée. Je suis en quelque sorte tombée dans le piège
des utilisatrices facilement impressionnables sur Insta. Dès que je vois les autres comptes, au nombre
d’abonnés plus élevés que moi, aux photos plus sexys que les miennes, je suis comme persuadée que
ces gens sont plus populaires que moi, plus beaux, donc meilleurs que moi. CQFD. D’après mes pairs,
« Cela n’est point » maaaais… vous-même vous savez…
Tout ce qu’elles créent, c’est toujours plus de concurrence avec les autres filles : le stalking, le stalking,
et encore le stalking. J’aime scruter, lorgner, inspecter les moindres détails des tenues, des coiffures,
des postures des autres meufs. Mais en bonne rageuse, jamais je n’avouerai ma jalousie, je me
contenterai seulement d’une morsure des lèvres et d’un commentaire à la « Trop belle bae ! » Tout ce
que vous faites à travers vos photos sexys, les gows, c’est de susciter de la jalousie, de vous comparer
sous toutes les coutures, de vous dévisager, de vous juger… Pourquoi ? Pour gratter quelques likes.Des potos se vantent d’attirer des « avions de chasse »
Un autre truc à savoir : je n’ai pas de copain pour le moment, et Instagram me rappelle bien pourquoi…
À ce qu’il parait IG serait le nouveau Tinder, aka la nouvelle appli qui crée les couples d’un jour ou de
toujours. Je m’appuie uniquement sur des dires de jeunes hommes (des potos) se vantant d’attirer le
plus d’« avions de chasse » spécialisées dans le nude et des messages coquins en tout genre.
En terminale, un pote m’a fait part de sa conception de l’amour et du fait qu’il existerait deux types
de meufs : les meufs d’un soir (aux visages pas ouf, mais aux corps torrides) et les meufs à marier
(belles mais pas forcément bonnes, dont le comportement est digne d’une future mère au foyer). Je
ne vous dirai pas dans quelle catégorie j’étais selon lui… Ce qui est important à retenir ici, c’est que
pour ce type, les filles dites « chaudasses » se trouvent sur les réseaux sociaux, qu’elles mettent les
moyens pour draguer et qu’on en trouve pléthore. Il se vantait d’attirer beaucoup de meufs via DM
[MP – Message Privé]. Le gars était devenu un véritable prédateur environné de proies, il n’avait plus
qu’à choisir. Je ne savais pas que c’était autant utilisé. Bref, cette nouvelle technique de drague sur
les réseaux sociaux me dépasse…
Aujourd’hui, Instagram a changé ma vie, dans le bon ou mauvais sens du terme, je n’ai pas encore
choisi. Je découvre de nouveaux comptes géniaux sur la plateforme mais, en même temps, j’ai
tendance à faire plus attention à mon apparence (je me maquille plus, je tente d’avoir les mêmes
poses sur Insta que les autres filles : ventre rentré, seins sortis, fesses bombées) et ça me rend plus
stressée. Bref, j’apprends ce qui semble aujourd’hui être LA nouvelle technique pour draguer… quand
je rentre chaque soir seule, à continuer de rêver de pouvoir l’utiliser.
Mais ce que j’ai constaté également, c’est que ces filles, si populaires soient-elles sur les réseaux, ne
le sont pas forcément dans la vie réelle. Certaines sont même effacées, comme si c’était dans le virtuel
qu’elles existaient vraiment. J’ai une copine, rencontrée cette année à la fac, qui est l’archétype même
de tout ce que je dis ! Dans la promo, cette fille semble effacée, on ne la voit pas. En revanche, sur
Insta, la meuf est GIGA populaire, genre une star à plus de 1000 abonnés qui poste des photos d’elle
chaque semaine, en bikini, en cuir, en short. On la voit sous toutes les coutures. C’est triste… mais
pour une fille lambda comme moi c’est rassurant !

 

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Anaëlle et Alexis

Je me sens obligée de justifier mon amitié avec un garçon

« Alors avec Etienne, ça avance ? » « Tu es certaine qu’il ne t’aime pas en secret ? » « L’amitié entre
les hommes et les femmes ça n’existe pas, moi aussi j’étais amie avec mon copain avant que l’on se
mette ensemble, tu verras. »
Je ne compte même plus le nombre de fois où j’ai subi ces remarques, de la part de mes proches,
parfois même de mes amis de longue date. Cela fait plusieurs années que j’éprouve une très forte
complicité avec Etienne. On s’entend si bien, on rigole tous les jours au lycée, on échange de
profondes réflexions, on parle de tout et de rien, on s’engueule aussi parfois. On forme un duo
incroyable. On se raconte tout, on éprouve l’un pour l’autre une confiance aveugle. Pour synthétiser,
on se connaît par cœur, et pourtant, on ne se lasse jamais l’un de l’autre.
Nous n’avons jamais douté de notre amitié. J’ai toujours eu des amis garçons. Pourtant, je suis
contrainte d’écouter les remarques et propos ignorants. Même ceux qui connaissent la sincérité de
notre amitié ne se lassent pas d’esquisser un petit sourire lorsque je leur parle de lui, comme si
c’était naturel de constamment tout remettre en doute. Selon une grande majorité de personnes,
par simple analogie : l’amitié entre deux personnes hétérosexuelles et de sexes opposés, c’est
purement voué à l’échec. C’est une simple croyance partagée de tous : les hommes et les femmes
doivent se marier, fonder une famille, c’est dans l’ordre des choses depuis des siècles. Les autres
options, comme l’amitié, ne sont pas envisageables. Deux hommes et deux femmes peuvent s’aimer.
Pourquoi ne pas remettre en doute de la même manière l’amitié entre deux filles ou deux garçons ?
Les persuader que lui et moi étions sincèrement amis
Alors, une seule solution s’offrait à moi : me justifier. Au début, je tentais de les persuader que lui et
moi étions sincèrement et réciproquement amis. Par exemple, il m’est arrivé de déclarer à une amie
(persuadée qu’il était possible qu’il éprouve des sentiments pour moi) qu’il me parlait des filles qui
lui plaisaient, et que ce n’était pas un sujet que l’on aborde avec la personne que l’on aime
naturellement.
J’ai honte mais j’ai même songé l’année dernière de justifier ses intentions purement amicales
envers moi par le fait qu’il soit gay. Ce qui est faux. Cela aurait été très irrespectueux de mentir à son
propos et de trahir sa confiance. Mais ce songe prouve bien qu’il est pénible de constamment
entendre les mêmes discours puérils à notre sujet.
Et si laisser parler les gens, les laisser dans leurs convictions, dans leur ignorance, et peut-être même
dans leur immaturité, était la seule chose plausible ? Après tout, cela n’a aucune incidence sur notre
relation amicale, malgré que le manque d’ouverture d’esprit de certains nous énerve et nous
désespère. Après trois ans d’amitié, je ne me justifie plus. Peu importe les dires, nous poursuivons
notre chemin, soudés, en espérant qu’il soit long.

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FAIS PAS GENRE !

Clémence et Guillaume

Ça veut dire quoi être une femme ? Laissez-moi choisir !

Être une femme, c’est quoi ? Quand et comment le devient-on, et est-ce qu’une fois qu’on l’est, on le
reste ? Est-ce que c’est quelque chose de palpable ou de mental ? Au départ, ce que l’on disait de
moi avait de l’importance. Il fallait que je sois « la fille bien ». Vous savez, cette fille qui n’a pas
vraiment de désir, qui est discrète, qui ne crie pas de joie lorsqu’elle a ses règles, qui n’a que très peu
d’hommes dans sa vie…
J’avais douze ans quand je me suis posée ces questions-là pour la première fois. Il m’arrivait d’avoir
quelques maux de ventre, bien que dame Nature m’ait déjà touchée de sa grâce en me donnant des
formes, élargissant mes hanches et faisant exploser mes décolletés. Je me sentais bouffie depuis
quelques jours. Puis, je me suis réveillée un matin avec une drôle d’impression. L’impression d’être
mouillée. Alors j’ai allumé la lumière et, oh ! Un nouveau cadeau de dame Nature ! J’ai hurlé
tellement fort en apercevant la scène de crime qui s’était répandue sur mon lit que ma mère, en
montant les escaliers pour me rejoindre, a trébuché en me hurlant, inquiète, d’expliquer la situation.
Être une femme, c’est avoir mal au ventre tous les 28 jours ?
Quand elle a vu le sang, mes tremblements, mon regard terrifié, elle m’a souri et m’a annoncé que
j’étais devenue une femme. Vraiment ? Être une femme, c’est avoir mal au ventre tous les 28 jours,
être mal lunée pendant cinq jours, et devoir porter des couches parce qu’on n’est pas capable de se
retenir de saigner à fond… ? Si c’est juste ça, j’ai pas trop envie…
J’avais plus l’impression qu’il s’agissait d’un poids, surtout quand j’en ai parlé à mes copines. Alors
toute heureuse dans la cour du collège, je suis allée vers elles le sourire aux lèvres malgré les
douleurs désagréables qui allaient et venaient dans mon bide. Et là, je leur ai annoncé : « J’ai mes
règles ! »
Mais à la place de regards d’admiration, de mots d’encouragement, de joie de me voir franchir cette
étape, j’ai eu des rires moqueurs, des détournements de regards, des airs de dégoût et au mieux,
des rires gênés. Donc, être une femme, c’est dégoûter les autres, c’est ça ?
J’en ai parlé à ma mère : « Je ne comprends pas, tout le monde se moque de moi alors qu’ils
devraient être heureux de savoir que je suis devenue une femme ! » Elle a rigolé et m’a dit que j’étais
encore loin d’en être une. Non mais il faut savoir ! Bon, allez, j’accorde le bénéfice du doute, elle
avait sûrement voulu me dire que les règles, c’était le début de mon ascension vers la féminité
ultime.
Être une femme, c’est ne pas avoir de désir ?
Puis vint une autre étape. Ah la la, les premiers amours… L’Education nationale avait bien compris
qu’on était tout feu tout flamme à cet âge puisqu’en troisième, nous avons eu UN cours d’éducation
sexuelle ! Wouah ! C’est la fête, sortez le champomy !Bien entendu, on nous a séparés, les filles entre elles et les garçons entre eux. On nous a parlé de ce
que les garçons désirent, nous explorer pour s’explorer eux-mêmes. Selon l’infirmière scolaire, ils
étaient en train de se transformer en bêtes assoiffées de sexe ne voulant de nous qu’une seule chose
: notre fleur virginale, les secrets de notre jardin, qu’il soit tondu ou mal coiffé, peu importe la
saison, qu’il y pleuve ou que la terre y soit aride ! On nous a aussi parlé de voir le loup le plus tard
possible pour fuir les MST et les bébés, ainsi que pour sauvegarder notre réputation. Mais on ne
nous a pas parlé de masturbation. Alors que, comme toutes mes copines, on voyait le fait de se
toucher soi-même comme quelque chose de dégoûtant ; ou au mieux, comme une chose dont on ne
devait pas parler.
Et nos désirs à nous ? C’est comme si on nous disait que nous ne pouvions pas, que nous ne devions
pas en avoir. Être une femme, c’est ne pas avoir de désir propre ?
Mais je n’en veux pas à ces personnes. Il y a toute une génération qui a vécu avec l’idée que la
virginité est un cadeau qui ne va qu’à un seul homme et qu’il faut bien le choisir, que la femme
n’avait pas d’envie sexuelle exceptée pour concevoir. Le pire ? Cette façon de voir les choses m’a
paru normale…
Être une femme, c’est devoir faire attention à sa réputation ?
Il n’y avait donc aucun sens à ce que je pratique, mais je me sentais tiraillée entre la curiosité et la
culpabilité de simplement y penser. Puis, j’ai rencontré un garçon. Chaque fois qu’on se tenait la
main ou qu’on échangeait un petit sourire complice, j’avais des papillons dans le ventre ! Et chaque
fois que je le voyais, j’apercevais derrière lui, au loin, ce loup qui attendait que je baisse ma garde ne
serait-ce qu’un seul instant pour se jeter sur moi, crocs déployés…
Un soir, on était dans ma chambre, ambiance tamisée, Diam’s en musique de fond. On buvait un
chocolat et… il n’y avait pas que la tasse qui était chaude ! Il me souriait, on se regardait dans les
yeux puis : « AAHOUUUUUUUUU ! » Le loup hurlait de toutes ses forces pour m’obliger à l’entendre
! « AAAAAHOUUUUUUU ! » Je sentais mon cœur battre à tout rompre, mon cerveau déraillait
complètement. Est-ce que c’était le bon ? Est-ce qu’il fallait que je franchisse le cap maintenant ?!
Qu’est-ce qu’on va penser de moi si ça se sait ? Et si je tombais enceinte ?! Et si mes parents
voyaient sur mon visage que j’ai fait l’amour ?!
Puis, tout s’est tu. Il venait de poser ses lèvres contre les miennes et j’ai tout oublié. Il n’y avait que
lui et moi, et ce loup dont les hurlements agressifs se sont transformés en tendres mélodies. Vous
savez, un peu comme Sébastien dans la petite sirène : « Chalalalala n’aie pas peur, ne pense qu’au
bonheur vas-y oui embrasse-là ! » Ahhhhh c’était si bon sur le moment…
… Mais après, je me suis sentie honteuse ! J’avais vraiment l’impression d’avoir fait quelque chose de
mal et aucune envie de le raconter à qui que ce soit. Mais… tout le collège a été au courant ! Mon
petit-ami de l’époque a eu besoin d’aller parader devant ses potes, quitte à mettre mon image en
jeu ! La chose qui m’a à peu près sauvée ? Nous étions en couple. Bien que l’on me faisait des
remarques désobligeantes, cela en restait là car tant que j’étais avec celui qui m’avait touchée, mon
honneur resterait sauf…Nous ne sommes pas restés longtemps ensemble. Certaines insultes se sont amplifiées, certains
garçons dans la cour tentaient de me toucher la poitrine, me mettaient des mains aux fesses… Et je
n’ai jamais rien dit. Ni à eux, ni à personne parce que j’avais l’impression que je devais supporter
seule ce poids, j’étais la seule fautive. J’avais couché, j’étais une salope qui osait, la Vilaine, avoir des
envies ! Comme si j’étais un homme !
Si c’était ça être une femme, ne faire l’amour qu’avec un garçon dans toute ma vie pour conserver
mon honneur ; ou assumer d’avoir du désir sexuel pour un ou des hommes, mais devoir subir
insultes et agressions comme si je désirais TOUS les hommes de la planète, non merci !
Salope, fille facile, fille bien, touchante, aimante, sainte, coincée…
Aujourd’hui, j’ai 25 ans et entre-temps, j’en ai encore entendu des vertes et des pas mûres sur la
féminité. Mes propres amis m’ont reproché de ne pas me respecter parce que je m’habillais court,
de fréquenter plusieurs hommes en même temps alors que je n’avais de compte à rendre à
personne. Certains m’ont prise pour un objet, d’autres pour une amie, ou encore pour l’amour de
leur vie. On m’a traitée de salope, de pute, d’égoïste, de fille facile. On m’a dit aussi que j’étais une
fille bien, une fille touchante, aimante, amoureuse, aimée, une dépravée, une sainte, une
excentrique, une coincée…
Plein d’expériences et une éternelle question : c’est quoi être une femme ? Je trouvais tout injuste
par rapport à mon sexe. Pourtant, j’adore être une fille. Alors merci à certains posts sur les réseaux
sociaux, comme sur @payetashnek que je suis depuis mes 21 ans. On peut y parler de ce que l’on vit
en tant que femme face aux regards des autres, de nos craintes d’être « trop » ou « pas assez », du
harcèlement subi dans l’espace public.
Je me suis vite rendue compte que je n’étais pas seule et j’ai lâché l’idée d’être une « fille classe ». Je
suis fatiguée de devoir toujours surveiller comment je suis habillée, d’être discrète en société… Et je
suis une gueularde en plus ! Je me suis faite cette promesse : je ne me priverai de rien de ce que je
désire, surtout si c’est pour autrui. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, je me sens femme et
complètement épanouie. J’aimerais un jour nous entendre toutes dire d’une seule voix cette phrase :
« Je suis une femme, je fais ce que je veux, et tous ceux qui pensent l’inverse, je les emmerde. »

 

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Océane et Muriel

« Je suis désolée, mais tu es tellement belle, c’est normal. »

Je passe une main dans mes cheveux, mon regard dans celui du miroir, j’observe un temps les grains
bleu de mon fard déposés sous ma paupière, je frotte mon doigt dessus pour les enlever et tourne le
dos à mon reflet. Je saisis les clés sur la table, je les fais défiler une à une, une fois que j’ai trouvé la
bonne, j’ouvre la porte d’entrée.
– Attends chérie, m’interpelle maman.
Je lui lance un regard par-dessus mon épaule, elle s’avance.
– Maman, je dois y aller, Elodie m’attend. Qu’est-ce qu’il y a ?
Son visage est plus grave que d’habitude, la lueur d’inquiétude de toutes les mères dans son regard
s’amplifie.
– N’oublie pas, si un homme t’aborde dans la rue, tu ne réponds surtout pas ! Tu accélères le pas
et tu rentres dans le premier magasin que tu vois. Tu rentres dans un magasin et tu expliques
tout à la personne en caisse, me dit brutalement maman, tu lui dis que tu as besoin d’aide et s’il
le faut tu…
– MAMAN JE VAIS JUSTE EN BAS DE LA RUE !
– TU TE TAIS ET TU ME LAISSES PARLER !
– C’est pas parce qu’un pauvre type m’a suivie dans la rue que tu vas me la faire comme à
l’armée à chaque fois que je sors !
– Chérie, continue-t-elle d’une voix adoucie, ce qui est arrivé hier…
– …. n’est arrivé qu’une fois…
– … peut arriver à tout moment.
Je baisse les yeux et contemple le sol, je m’enferme dans mes pensées pour ne plus l’entendre une
simple seconde, passer la porte et qu’on oublie tou quand je l’ouvrirai à nouveau. Soudain, une
phrase m’arrache de mes songes et me ramène à la réalité :
– Je suis désolée, mais tu es tellement belle, c’est normal.
Cette phrase, c’est tout ce qui est vrai dans cette histoire.
En vérité, je venais de passer une longue semaine de harcèlement de rue : des mecs de la
quarantaine qui me sifflaient, un autre qui m’a murmuré des insanités glaçantes à l’oreille, deux
types qui ont maté mon postérieur en ne cessant de me répéter à quel point il était beau, un homme
qui m’a suivie jusqu’à chez moi, qui a insisté encore et encore pour que je l’embrasse…À cette époque, ma mère était partie en clinique après une forte pulsion suicidaire et je basculais
entre mes deux frères, incapable de rester seule chez moi sans fondre en larmes, sans me perdre
sous les anti-dépresseurs. Résultat de longs mois de dépression l’une et l’autre, à rester affalées sur
le canapé, à étouffer nos pleurs dans un oreiller trempé, à s’enfermer dans la salle de bain pour que
l’une ne voit pas l’autre s’effondrer, à être surprise de ne pas encore s’être tuée.
Je n’avais pas envie de commencer mon texte par ce sombre contexte, alors j’ai imaginé qu’on était
simplement chez moi. J’ai peut-être aussi voulu imaginer qu’elle s’inquiétait pour moi. Ma mère m’a
souvent dit d’entrer dans un magasin pour demander de l’aide si quelqu’un me suivait dans la rue,
mais pas cette fois. « Je suis désolée, mais tu es tellement belle, c’est normal. » Après ces mots, je
me suis tue, je ne savais pas quoi dire. Si ma mère me dit ça, que va me dire un inconnu ? Que va me
répondre la société ?
J’ai eu peur du visage que j’ai rencontré ce jour-là. Elle souriait, elle ne semblait pas désolée de l’état
de ce monde, des règles qu’il a décidé de m’imposer… parce que quelques humains ont décidé de
s’en prendre à moi, d’ancrer une terreur permanente dans mon esprit, de me souvenir de leur visage
pour toujours alors que je ne les ai vus qu’une fois.
J’ai créé cette histoire pour, cette fois, répondre à toutes les « règles » auxquelles je dois me
soumettre pour ne pas me faire agresser. J’ai imaginé que je répondais à tous les semblables de
cette phrase qui, au final, veulent toutes dirent la même chose : « C’est normal. »
Je veux pas que tu me dises que mon agresseur sera tout pardonné s’il se justifie de peinturlurer mon
visage de bleus et d’hématomes. Je veux pas que tu me dises que c’est parce que j’ai défait un bouton
de ma chemise que tu me retrouveras au poste de police ce soir. Ni que plus mon haut est long,
moins d’excuses mon agresseur pourra avoir devant un juge ou que personne ne voudra me blesser si
je porte un vieux jean large. Je veux pas que tu me dises que rien ne pourrait m’arriver si j’étais un
homme. Ni que tu crois que rien ne peut m’arriver si je suis seule avec une femme dans la rue. Je veux
pas que tu me dises que c’est pas si grave s’il n’y a pas d’empreintes sur mon corps. Je veux pas que
tu me dises que j’avais qu’à me défendre quand mon corps et mes lèvres se sont paralysés. Je veux
pas que tu me contredises quand je te raconte ce qui s’est passé alors que moi-même je le renie. Ou
avoir l’impression que me tuer est la seule porte de sortie que j’ai pour ne pas vivre avec ces images.
Je ne peux pas vivre avec le regard que tu poses sur moi aujourd’hui.
Je ne veux pas avoir peur à l’idée de m’habiller, je veux pas me faire belle, je veux pas que tu sois
inquiète quand je rentre seule le soir, je veux pas me mettre à courir pour rentrer chez moi, je veux
pas avoir peur, je veux pas pleurer, douter, ressasser, en parler, les voir, les sentir, sortir, je veux pas
vivre… je veux pas que ça m’arrive encore.

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FAIS PAS GENRE !

Anne-Marie et Émilie

Je suis une jeune fille qui parle de sexe

Anne-Marie, 13 ans, collégienne, Yvelines

Je vais parler de sexe.
J’étais en appel vidéo avec des garçons et des filles. On a parlé de nos envies, de nos préjugés. J’étais
en quatrième, c’était mes amis et on était dans le même collège. Les filles se sont vite détournées de
la caméra et ont parlé entre elles pendant que je parlais avec les garçons. On a cassé avec humour la
« gênance », le « tabou » du sexe. J’étais heureuse de voir qu’en se détendant un peu et en leur
disant : « Mais c’est normal de parler de sexe », je pouvais en parler sans gêne et sans peur.
C’était intéressant : les garçons avaient des points de vue différents, on s’est mutuellement appris
des choses. Les clichés nous disent souvent que les garçons ne pensent qu’à leur propre plaisir, que
les filles doivent s’épiler parce qu’ils trouveraient ça repoussant… Mais ils n’étaient pas aussi
catégoriques. Chacun avait sa façon de penser, ses fantasmes. Les formes des femmes, pour eux,
n’étaient pas forcément si attirantes que ça ; comme nous font croire les réseaux sociaux.
C’était la première fois que le sexe était abordé, par pur besoin d’être rassurée sur les attentes de
l’autre. Les réseaux donnent des attentes, alors que c’est propre à chacun. D’avoir la parole de vraies
personnes, ça soulage : parce que sinon on a peur des attentes des autres.
Les filles n’osent pas en parler
Ils étaient étonnés de me voir échanger avec autant d’aise : « D’habitude, les filles nous jugent du
regard et changent de discussion quand on en parle. »
Je pense que c’est parce que les filles n’osent pas en parler. Les médias, la société nous ferment et
nous empêchent d’en parler. J’ai un exemple avec la série Baby. Une sextape est partagée aux
invités lors d’une soirée d’adolescents. La fille s’est retrouvée insultée, tandis que le garçon s’en est
sorti en mec « cool » d’avoir filmé la vidéo. C’est toujours pour le garçon « Ah, tu as réussi, bravo ! »,
et pour les filles « Ah, t’as pas honte ? » On se protège alors pour ne pas avoir une mauvaise
réputation.
On a parlé dans la bienveillance, aucun garçon ne m’a jugée. J’ai donc continué à parler de sexe dans
la vraie vie et j’ai laissé tomber les appels vidéo, c’est quand même plus simple de se voir en vrai. Ça
nous arrive pendant les temps de permanence de nous asseoir autour d’une grande table et de
discuter entre nous, pour rigoler et s’informer. On va rentrer dans la période du lycée et du sexe
pour certains, on aimerait donc savoir comment ça pourrait se passer, pour se rassurer.
Ma liberté d’esprit a, je pense, aidé mes amies à en parler, à se dire : « Je ne suis pas la seule qui a
envie d’en parler ? », ou tout simplement « Et puis on s’en fout. » Échanger sur des sujets, d’habitude
enfouis, nous permet de nous sentir plus à l’aise.Après, j’étais face à gens bienveillants. Je pense qu’il faut trouver des personnes avec lesquelles on
peut parler des sujets dont on n’a pas l’habitude, pour ne pas garder des interrogations pour soi-
même.

 

Le petit mot d’Emilie dite « La Louise », artiste musicienne confinée :

Nous avons écrit le texte de « L’autre soir » ensemble, Anne-Marie et moi, à partir de son texte « Je suis une jeune fille qui parle de sexe ».
Au cours de 2 ou 3 réunions en visioconférence, contexte oblige, nous avons discuté de ce qu’elle trouvait le plus important dans son texte, des mots qu’elle avait envie de garder, du cadre et de l’atmosphère qu’elle voulait pour sa chanson. Nous avons écrit le texte quasiment d’une traite !
Puis j’ai composé le morceau (mélodie et arrangements) sur-mesure pour les paroles. J’en ai ensuite envoyé à Anne-Marie deux versions : une avec ma voix, pour qu’elle entende et s’approprie la mélodie, et une version playback (l’instrumentation seule) pour qu’elle puisse s’entraîner à la chanter.
Nous avons ensuite discuté un peu du morceau, des textures sonores, j’ai fait quelques modifications en fonction des remarques d’Anne-Marie. Puis elle a enregistré une première fois sa voix, avec les moyens du bord, entre sa tablette et son téléphone ! Après quelques retours pour qu’elle s’approprie encore plus l’interprétation de la chanson, Anne-Marie est retournée en « studio » et m’a renvoyé 2-3 pistes que j’ai intégrées ensuite au morceau.
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En 2019 - (en cours d'actualisation) FAIS PAS GENRE !

Émeline et Stéphanie

Pourrais-je suivre les pas de Rosa Parks, Marie Curie, Simone Veil… ?

Jeune fille ambitieuse, rien ne m’arrêtait. Mon but était de réussir. Je voulais enfin rendre ma famille
fière, me sentir utile, me sentir quelqu’un.
Jeune fille ambitieuse, je rêvais de devenir médecin. C’était le but de ma vie. Si important pour moi
et pour lequel j’aurais tout donné. Il rythmait mes journées, justifiait mes angoisses et me donnait la
force d’avancer.
La place de la femme dans le monde du travail reste un combat et je voulais moi aussi me battre. Je
voulais me prouver, et prouver au monde que j’en étais capable. Tant de femmes ont marqué
l’histoire de notre monde, de Rosa Parks à Marie Curie, de ma mère à Simone Veil, en passant par
Malala Yousafzai. Et pourquoi pas moi ? A mon échelle, pourquoi je n’aiderais pas à changer le
schéma ?
Je voulais montrer à ces hommes et ces femmes que je pouvais le faire. Je voulais participer à
l’abolition de ces clichés, de ces paroles, de ces douloureuses insultes qui rappellent sans cesse aux
femmes que leur place est à la maison, près des enfants, à être aimantes et loin des finances.
Gérer d’une main de maître un travail, un budget, une vie sociale
Ma mère a été seule à m’élever, avec mon frère : j’ai donc eu la chance de voir ma mère sans ces
clichés de la femme qui fait uniquement les courses, les machines, qui aime le rose.
La vie m’a donné cette chance de répondre que oui, une femme peut être le chef d’une maison, peut
gérer d’une main de maître un travail, un budget, une vie sociale et ses deux enfants. Ma mère a su
me montrer que, nous aussi, nous pouvions faire de grandes choses sans la nécessité d’une présence
masculine.
Je me répétais que j’avais des envies, des projets, des rêves. Sans l’avis de personne, juste pour moi,
j’y arriverai. Je croyais en moi. Mes amis me faisaient confiance, et quand je doutais, ils étaient là
pour m’aider. Ma mère m’a toujours encouragée dans mes choix, elle voulait mon bonheur et ne
m’a jamais mis de barrière face à qui j’étais et ce que je voulais.
Une place dans une belle cuisine
Il a suffit d’une lettre, une seule, reçue au début de cette année scolaire, pour m’enlever cette
confiance. Parce qu’il n’y a rien eu dans ma vie de plus décourageant, de plus douloureux que de
recevoir une lettre de mon paternel absent depuis plus de dix ans où il me souhaitait une unique et
seule chose pour ma future vie : réussir à faire de bons gâteaux et bien faire le lit de mon frère chéri
qui va très vite revenir, fatigué par ce beau métier d’homme fort qui pourrait lui coûter la vie. Il n’y a
rien de plus destructeur… Quand l’unique réussite que l’on destine à sa fille, c’est une place dans
une belle cuisine.Un homme qui, il y a bien trop longtemps, m’a tant chérie. Un homme qui a marqué à l’aiguille dans
sa peau mon visage de petite fille angélique. Un homme qui revient dans ma vie après tant d’années,
détruit par la folie de sa boisson, qui m’enlève tout par ses simples mots qui pourtant me font tant
de choses.
Jeune fille ambitieuse, jeune fille malheureuse. Les larmes douces et limpides sur mes joues
dansaient et s’évadaient libres et salées. Dans le doute face à ses mots, je me suis sentie si vide, mon
cœur était meurtri.
Je n’ai pas envie de lui donner cette force, de lui donner raison. Mais quand je doute, ses mots
vibrent encore et je pense malheureusement que pour encore longtemps, ils vibreront. Je m’en veux
que ses mots tournent encore dans ma tête. Mais mon ambition ne mourra pas, je ne lâcherai pas
mes objectifs.