Anaëlle et Alexis

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Je me sens obligée de justifier mon amitié avec un garçon

« Alors avec Etienne, ça avance ? » « Tu es certaine qu’il ne t’aime pas en secret ? » « L’amitié entre
les hommes et les femmes ça n’existe pas, moi aussi j’étais amie avec mon copain avant que l’on se
mette ensemble, tu verras. »
Je ne compte même plus le nombre de fois où j’ai subi ces remarques, de la part de mes proches,
parfois même de mes amis de longue date. Cela fait plusieurs années que j’éprouve une très forte
complicité avec Etienne. On s’entend si bien, on rigole tous les jours au lycée, on échange de
profondes réflexions, on parle de tout et de rien, on s’engueule aussi parfois. On forme un duo
incroyable. On se raconte tout, on éprouve l’un pour l’autre une confiance aveugle. Pour synthétiser,
on se connaît par cœur, et pourtant, on ne se lasse jamais l’un de l’autre.
Nous n’avons jamais douté de notre amitié. J’ai toujours eu des amis garçons. Pourtant, je suis
contrainte d’écouter les remarques et propos ignorants. Même ceux qui connaissent la sincérité de
notre amitié ne se lassent pas d’esquisser un petit sourire lorsque je leur parle de lui, comme si
c’était naturel de constamment tout remettre en doute. Selon une grande majorité de personnes,
par simple analogie : l’amitié entre deux personnes hétérosexuelles et de sexes opposés, c’est
purement voué à l’échec. C’est une simple croyance partagée de tous : les hommes et les femmes
doivent se marier, fonder une famille, c’est dans l’ordre des choses depuis des siècles. Les autres
options, comme l’amitié, ne sont pas envisageables. Deux hommes et deux femmes peuvent s’aimer.
Pourquoi ne pas remettre en doute de la même manière l’amitié entre deux filles ou deux garçons ?
Les persuader que lui et moi étions sincèrement amis
Alors, une seule solution s’offrait à moi : me justifier. Au début, je tentais de les persuader que lui et
moi étions sincèrement et réciproquement amis. Par exemple, il m’est arrivé de déclarer à une amie
(persuadée qu’il était possible qu’il éprouve des sentiments pour moi) qu’il me parlait des filles qui
lui plaisaient, et que ce n’était pas un sujet que l’on aborde avec la personne que l’on aime
naturellement.
J’ai honte mais j’ai même songé l’année dernière de justifier ses intentions purement amicales
envers moi par le fait qu’il soit gay. Ce qui est faux. Cela aurait été très irrespectueux de mentir à son
propos et de trahir sa confiance. Mais ce songe prouve bien qu’il est pénible de constamment
entendre les mêmes discours puérils à notre sujet.
Et si laisser parler les gens, les laisser dans leurs convictions, dans leur ignorance, et peut-être même
dans leur immaturité, était la seule chose plausible ? Après tout, cela n’a aucune incidence sur notre
relation amicale, malgré que le manque d’ouverture d’esprit de certains nous énerve et nous
désespère. Après trois ans d’amitié, je ne me justifie plus. Peu importe les dires, nous poursuivons
notre chemin, soudés, en espérant qu’il soit long.