Émeline et Stéphanie

Posted on Posted in En 2019 - (en cours d'actualisation), FAIS PAS GENRE !

Pourrais-je suivre les pas de Rosa Parks, Marie Curie, Simone Veil… ?

Jeune fille ambitieuse, rien ne m’arrêtait. Mon but était de réussir. Je voulais enfin rendre ma famille
fière, me sentir utile, me sentir quelqu’un.
Jeune fille ambitieuse, je rêvais de devenir médecin. C’était le but de ma vie. Si important pour moi
et pour lequel j’aurais tout donné. Il rythmait mes journées, justifiait mes angoisses et me donnait la
force d’avancer.
La place de la femme dans le monde du travail reste un combat et je voulais moi aussi me battre. Je
voulais me prouver, et prouver au monde que j’en étais capable. Tant de femmes ont marqué
l’histoire de notre monde, de Rosa Parks à Marie Curie, de ma mère à Simone Veil, en passant par
Malala Yousafzai. Et pourquoi pas moi ? A mon échelle, pourquoi je n’aiderais pas à changer le
schéma ?
Je voulais montrer à ces hommes et ces femmes que je pouvais le faire. Je voulais participer à
l’abolition de ces clichés, de ces paroles, de ces douloureuses insultes qui rappellent sans cesse aux
femmes que leur place est à la maison, près des enfants, à être aimantes et loin des finances.
Gérer d’une main de maître un travail, un budget, une vie sociale
Ma mère a été seule à m’élever, avec mon frère : j’ai donc eu la chance de voir ma mère sans ces
clichés de la femme qui fait uniquement les courses, les machines, qui aime le rose.
La vie m’a donné cette chance de répondre que oui, une femme peut être le chef d’une maison, peut
gérer d’une main de maître un travail, un budget, une vie sociale et ses deux enfants. Ma mère a su
me montrer que, nous aussi, nous pouvions faire de grandes choses sans la nécessité d’une présence
masculine.
Je me répétais que j’avais des envies, des projets, des rêves. Sans l’avis de personne, juste pour moi,
j’y arriverai. Je croyais en moi. Mes amis me faisaient confiance, et quand je doutais, ils étaient là
pour m’aider. Ma mère m’a toujours encouragée dans mes choix, elle voulait mon bonheur et ne
m’a jamais mis de barrière face à qui j’étais et ce que je voulais.
Une place dans une belle cuisine
Il a suffit d’une lettre, une seule, reçue au début de cette année scolaire, pour m’enlever cette
confiance. Parce qu’il n’y a rien eu dans ma vie de plus décourageant, de plus douloureux que de
recevoir une lettre de mon paternel absent depuis plus de dix ans où il me souhaitait une unique et
seule chose pour ma future vie : réussir à faire de bons gâteaux et bien faire le lit de mon frère chéri
qui va très vite revenir, fatigué par ce beau métier d’homme fort qui pourrait lui coûter la vie. Il n’y a
rien de plus destructeur… Quand l’unique réussite que l’on destine à sa fille, c’est une place dans
une belle cuisine.Un homme qui, il y a bien trop longtemps, m’a tant chérie. Un homme qui a marqué à l’aiguille dans
sa peau mon visage de petite fille angélique. Un homme qui revient dans ma vie après tant d’années,
détruit par la folie de sa boisson, qui m’enlève tout par ses simples mots qui pourtant me font tant
de choses.
Jeune fille ambitieuse, jeune fille malheureuse. Les larmes douces et limpides sur mes joues
dansaient et s’évadaient libres et salées. Dans le doute face à ses mots, je me suis sentie si vide, mon
cœur était meurtri.
Je n’ai pas envie de lui donner cette force, de lui donner raison. Mais quand je doute, ses mots
vibrent encore et je pense malheureusement que pour encore longtemps, ils vibreront. Je m’en veux
que ses mots tournent encore dans ma tête. Mais mon ambition ne mourra pas, je ne lâcherai pas
mes objectifs.